À quelques heures de la Saint-Sylvestre, qui marquera la fin de l’année 2024, les marchés de Conakry, bouillonnants d’activité. Bien que l’effervescence soit palpable, la réalité économique impose son ombre sur les festivités. Dans les grands marchés de la capitale, de Madina à Matoto, en passant par Yimbaya, Cosa et Koloma, la scène est animée par les voix des vendeurs et l’appel incessant des mégaphones incitant les clients à acheter. Les allées sont bondées de femmes commerçantes, dont les étals regorgent de produits divers, de tissus aux fruits en passant par les articles de mode. Pourtant, malgré cette vitalité apparente, une inquiétante contradiction s’installe : l’offre semble largement excéder la demande.

Au marché de Madina, le plus grand du pays, où nous nous trouvons actuellement, l’atmosphère est festive, typique des jours qui précèdent la fête de fin d’année. Mais derrière cette effervescence, un constat amer se dégage : la majorité des commerçants, malgré la diversité de leurs produits, font face à une clientèle de plus en plus réduite. Binta Barry, une vendeuse de robes située dans le secteur d’Avaria, exprime amèrement la situation :
« Cette année, les étals sont pleins à craquer, mais je crains que la moitié des produits ne soient pas écoulés à la fin de l’année. Tout le monde se plaint de la situation économique. Les gens veulent acheter, mais même à des prix abordables, ils trouvent tout trop cher. »

Cette réalité semble se confirmer au fil des témoignages recueillis dans divers marchés de la capitale. Les vendeuses s’accordent à dire que la pénurie d’argent affecte gravement les ventes. Mamadou Diouldé Diallo, commerçant dans le secteur de la chaussure, exprime son découragement :
« Nous sommes en bonne santé, Dieu merci, mais le marché de cette année est incompréhensible. Les clients sont presque inexistants. Beaucoup viennent, demandent le prix, et partent sans acheter. Les rares acheteurs qui se présentent négocient sans cesse, au point de nous contraindre à brader nos produits, souvent sans bénéfice. Par exemple, les chaussures, qui coûtent entre 290.000 et 300.000 GNF, sont proposées à 70.000 GNF ou même à 50.000 GNF. »

Cependant, parmi cette mer de difficultés, certaines catégories de commerçants trouvent encore une certaine stabilité. Les coiffeuses et les vendeuses de mèches à Madina, par exemple, se réjouissent de l’afflux croissant de clients qui viennent se faire coiffer ou acheter des perruques. Oumou Soumah, une coiffeuse, témoigne de cette dynamique positive :
« Malgré la situation difficile, de notre côté, nous recevons de plus en plus de clients chaque jour. Les gens viennent pour des tissages ou des perruques déjà cousues. Cette année, nous travaillons même les dimanches, alors qu’il y a un an, nous n’avions quasiment aucune clientèle.»
Malgré tout, la fête continue et, comme chaque année, Conakry s’apprête à accueillir 2025 avec une touche d’espoir et de joie, tant bien que mal.
AMADOU DIALLO














