Un soulagement et un nouveau départ pour les aviculteurs affectés il y a presque trois ans par la grippe aviaire dans les zones de Coyah et Forécariah. Ce mercredi, dans un hôtel de la capitale, le Ministère de l’Agriculture et de l’Élevage a procédé à la signature des conventions avec les victimes de cette épidémie.

Placée sous la haute présidence du Premier ministre, plusieurs discours ont été tenus à cette occasion, notamment celui de Madame Halimatou Sinandou Diallo, Directrice nationale de l’Alimentation et de la Production animale, qui a rappelé l’historique des pertes et des efforts mobilisés pour stopper les dégâts.

« Nous sommes réunis ce matin, le 29 janvier 2025, pour la cérémonie de signature de 95 conventions entre le ministère de l’Agriculture et de l’Élevage à travers le Fonds de développement de l’agriculture (FODA) et les victimes de l’épidémie de la grippe aviaire en 2022. En effet, Monsieur le Premier ministre, c’est en mai 2022 que les acteurs de la filière avicole ont été confrontés à une épidémie dénommée la grippe aviaire dans les préfectures de Coyah et de Forécariah. Cette maladie hautement pathogène, capable de décimer l’ensemble du cheptel guinéen, a été détectée et stoppée à temps par les services techniques du ministère de l’Agriculture et de l’Élevage et ses partenaires techniques et financiers, évitant ainsi de graves conséquences socio-économiques et écologiques au sein de nombreux acteurs. En effet, suite à la confirmation de la grippe aviaire par le laboratoire de Pédou en Italie, en termes de riposte, de surveillance active, de surveillance passive et de prévention des maladies, le département a mobilisé 9 milliards 162 millions 813 436 francs sur le BND, 12 milliards 424 millions 649 520 francs guinéens financés par la Banque mondiale et 5 milliards de francs guinéens par le département auprès de la FAO, soit un montant total de 26 587 522 958 francs. Ces ressources mobilisées ont permis à la Direction nationale des services vétérinaires de mettre en œuvre le plan d’urgence de riposte de la grippe aviaire, notamment l’abattage systématique des poules pondeuses, la destruction des œufs, des aliments et du matériel non recyclable dans les exploitations infectées et celles se trouvant dans un rayon de 2 km, afin d’éviter la propagation de la maladie, qui s’est finalement limitée à 111 fermes touchées aux environs de Conakry, plus précisément à Forécariah et Coyah. Les pertes enregistrées au niveau des élevages impactés ont été évaluées à près de 4 012 928 têtes de pondeuses abattues et à 141 160 œufs détruits, pour un montant total estimé à 18 816 932 560 francs guinéens, avec plus de 100 emplois menacés. Face à cette situation, les aviculteurs affectés par la crise se sont réunis et ont soumis 99,17 business plans à travers la Direction nationale de l’Alimentation et des Productions animales, sollicitant auprès du département un appui pour relancer leurs activités. Ainsi, la filière avicole, étant une des filières prioritaires du ministère de l’Agriculture et de l’Élevage, s’est engagée à accompagner ces victimes à travers le projet de développement de l’agriculture commerciale financé par la Banque mondiale et le Fonds de développement agricole du ministère de l’Agriculture et de l’Élevage. »

Après donc des mois d’attente, d’inquiétudes et de sollicitations pour un soutien gouvernemental, les autorités ont finalement concrétisé leur engagement. Les fonds alloués sont désormais disponibles. Mais, pour le porte-parole des aviculteurs lors de cette cérémonie de signature, Boubacar Dansoko, représentant de la Fédération internationale des aviculteurs, l’heure est à l’action plutôt qu’à la réjouissance :
« C’est avec un profond sentiment de responsabilité et d’espoir que je prends la parole aujourd’hui au nom des actrices et acteurs de la filière avicole. Nous sommes ici pour franchir une étape importante dans la relance de notre secteur agricole, une filière essentielle pour nos familles et notre économie. Avant toute chose, permettez-moi d’adresser mes sincères remerciements à toutes les parties prenantes qui ont rendu cette relance possible aujourd’hui. À commencer par le président de la transition, Général Mamadi Doumbéa, pour ses efforts inlassables pour soutenir la sécurité alimentaire. Son Excellence, M. le Premier ministre, Chef du gouvernement, et en particulier le ministre de l’Agriculture et de l’Élevage, pour leur vision et leur engagement en faveur du développement de notre secteur. Vos efforts constants et combinés pour soutenir les agriculteurs, même en temps de crise, sont une preuve indéniable de votre dévouement à l’égard de notre filière agricole. Je tiens également à exprimer ici ma profonde gratitude à la Chambre nationale d’agriculture et nos partenaires techniques et financiers, notamment le projet de développement de l’agriculture commerciale, la Banque mondiale, la FAO et le Fonds de développement de l’agriculture. Votre appui technique et financier est crucial pour la mise en œuvre de ces mesures d’accompagnement qui visent à redonner espoir aux aviculteurs. Aujourd’hui ne doit pas être uniquement une cérémonie de gratitude ou de célébration, mais aussi un appel à l’action. Un moment pour réfléchir à ce que ces ressources représentent véritablement et à ce que nous devons en faire pour garantir leur efficacité. Chers aviculteurs, il est maintenant temps d’agir pour prouver que nous méritons cette confiance. Ensemble, nous devons nous assurer que les ressources dont nous bénéficions aujourd’hui doivent être utilisées de manière responsable et stratégique. Elles doivent servir à relancer nos activités, mais aussi à adopter des pratiques plus modernes et durables. L’objectif n’est pas simplement de prouver ce que nous avons perdu, mais de bâtir un secteur avicole plus solide, capable de résister à de futures crises et de contribuer encore davantage à notre économie nationale. Mais je dois insister sur un point essentiel. L’engagement de nos partenaires et du gouvernement n’est qu’une partie de l’équation. L’autre partie, c’est nous. C’est notre responsabilité en tant que bénéficiaires. Ceci dit, je vous invite à faire preuve de transparence dans l’utilisation des ressources allouées. Chaque franc doit être investi à bon escient, dans des conditions qui contribuent directement à la relance et au développement de vos activités. Adopter une vision à long terme, ce n’est pas le moment de penser uniquement à vos besoins immédiats, mais de bâtir des bases solides pour les années à venir. Partagez vos expériences et collaborez. Ensemble, nous sommes plus forts. La réussite individuelle de chaque producteur renforcera l’ensemble de notre filière. Comme le dit si bien ce proverbe africain, si tu veux aller vite, marche seul. Si tu veux aller loin, marche avec les autres. »

Le ministre de l’Agriculture et de l’Élevage, Félix Lamah, a ensuite pris la parole pour expliquer les modalités de l’allocation des fonds, leurs avantages, ainsi que la procédure de remboursement à taux zéro :
« Mesdames et Messieurs, je voudrais tout d’abord, au nom du chef de l’État, le général d’armée Mamadi Doumbouya, et au nom du Premier ministre, le chef du gouvernement, Amadou Oury Bah, exprimer ma profonde gratitude à la Banque mondiale ainsi qu’à la FAO, mais également au FODA et à la DNPA pour le financement de la relance de ces fermes impactées par la grippe aviaire dans les préfectures de Coyah principalement et de Forécariah, pour laquelle donc se tient ce jour la cérémonie de signature des conventions d’un prêt de près de 15 milliards de francs guinéens remboursables à taux zéro. La présente cérémonie de signature a pour objectif principal la mise à disposition par le FODA des frais de nettoyage, de détection, de démarrage des fermes bénéficiaires qui avaient été durement impactées par l’épidémie de grippe aviaire survenue en 2022. Une épidémie qui avait donc anéanti les élevages modernes de poules pondeuses, avait stoppé l’activité de nos agriculteurs meurtris moralement et qui avait aussi tari leurs sources de revenus. Ces ressources mobilisées aujourd’hui demandent la matérialisation éloquente de la volonté du gouvernement de soutenir le secteur privé, la sécurité alimentaire et nutritionnelle de notre pays. La filière avicole est l’une des filières prioritaires du secteur agro-pastoral. Elle concerne plus de 400 agriculteurs actifs. Pour un secteur d’environ 2 millions de pondeuses, elle procure des revenus à plus de 30% des éleveurs. À ce titre, la filière avicole représente une activité importante dans la lutte pour la réduction de la pauvreté et l’autosuffisance alimentaire. Comme l’a indiqué tout à l’heure Madame la Directrice nationale de l’Alimentation et des Productions alimentaires, cette convention vient renforcer le don non remboursable du projet de développement de l’agriculture commerciale financé par la Banque mondiale pour un montant de 34,7 milliards francs guinéens, qui permet la relance de la filière à travers l’acquisition de 500 000 poussins, 1 613 tonnes d’aliments, 4 773 tonnes de maïs en faveur des impactés et je pense que pour la fourniture des maïs, cela sera fait le plus rapidement possible puisque c’est disponible. Les autres suivront également et nous mettrons tout en œuvre pour que tout ce qui a été acquis puisse arriver aux véritables bénéficiaires. »

Avec la signature de ces conventions, les 95 victimes de la grippe aviaire de 2022 à Forécariah et Coyah disposent désormais des moyens nécessaires pour relancer leurs activités dans les jours à venir, marquant ainsi un nouveau départ pour le secteur avicole guinéen.
AMADOU DIALLO














